
Alcoolisme : et si l'abstinence n'était pas la seule option ?
L'alcoolisme touche 5 millions de Français et en tue 45 000 par an. Il a aussi changé de visage avec des consommations excessives intermittentes, mais une réelle dépendance. Face à ce fléau, un médicament permettrait de réduire sa consommation au coup par coup. Addictologue à l'hôpital Beaujon (Clichy), le Dr Philippe Batel nous en dit plus sur ce bouleversement de la prise en charge jusqu'alors centrée sur la seule abstinence.
Doctissimo : Lorsqu'on entend "alcoolo-dépendance", on a encore l'image d'une personne désocialisée avec de nombreux symptômes extérieurs…
Dr Philippe Batel : Le profil de l'alcoolo-dépendance a changé. Lorsque j'ai débuté ma carrière, la majorité de mes patients avait une consommation excessive quotidienne. Aujourd'hui, ces profils ne représentent plus qu'un tiers de mes consultations.
Les consommations excessives sont aujourd'hui plus intermittentes, souvent limitées à quelques jours dans la semaine - principalement le week-end. J'ai ainsi de nombreux patients qui constatent : "Le vendredi soir, j'ai envie de boire et je n'arrive plus à m'arrêter". Cette évolution implique aujourd'hui un changement de la prise en charge.
Doctissimo : Quelle est la prise en charge pour les patients alcoolo-dépendants ?
Dr Philippe Batel : La prise en charge repose aujourd'hui sur un programme soins qu'on ne veut pas standardisé mais au contraire adapté au patient. Schématiquement, on peut distinguer trois étapes :
- Définir un objectif à atteindre avec le patient. Grâce à une technique relationnelle - "l'entretien motivationnel" -, les soignants formés travaillent avec le patient sur sa capacité à changer. Certains sont dans une situation ambivalente, pris entre la volonté d'arrêter et l'appréhension de s'engager dans une telle démarche ;
- Etablir un programme de soins basé sur les capacités du patient. Si l'abstinence reste l'objectif théorique idéal ; dans la pratique, ce n'est pas toujours le cas. Ainsi, on peut établir dans un premier temps avec le patient un objectif de réduction de la consommation, qui peut être une étape vers une abstinence totale mais pas seulement, puisqu'on estime aujourd'hui que 20 à 30 % d'entre eux auraient la capacité de s'autoréguler sur le long terme ;
- Maintenir cet objectif tant sur le plan qualitatif que quantitatif. Il faut anticiper pour éviter la réactivation de l'alcoolo-dépendance. Pour certains, le risque va être important dès le premier verre, alors que d'autres peuvent s'inscrire dans un processus de consommation maîtrisée.
Doctissimo : La réduction de la consommation alcoolique peut donc être une étape du traitement ?